Et si le web était à l’origine de l’abstention ?

Le par | Catégorie: Novice, Web.

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Cette semaine un chiffre a fait beaucoup parler de lui. Ce chiffre c’est les 32% de français qui seraient prêt à ne pas voter au premier tour de l’élection présidentielle. Au-delà des raisons invoquées par les instituts de sondages et journalistes (le premier tour tombe un weekend de vacances ; les électeurs trouvent la campagne plate sur le fond et la forme…) je me suis posé une simple question : et si la raison venait d’ailleurs ? Et si c’était « la faute du web » ? Place à une réflexion entre exagération et imagination…

Flemme ou désengagement ? 
Le web a changé notre façon d’appréhender le monde. Plus que ça le web nous a profondément (et presque inconsciemment) transformé. Nous sommes devenus impatients, exigeants, flemmards, friands de rapidité et d’instantanéité.
L’omniprésence et l’accessibilité du web en ont fait un incontournable de notre vie quotidienne. Grâce a internet on peut vivre sans sortir de chez soit. Plus la peine de prendre sa voiture, consommer de l’essence, faire la queue aux files d’attente… je commande de mon domicile, moins cher et on me livre directement. L’expression « on est bien que chez soi » prend alors tout son sens ! L’INSEE constate ainsi depuis 2009 une augmentation du télétravail…
+ 1 pour attribuer l’abstention à la flémingite
Internet a également permis aux « classes moyennes » d’accéder en un clic à la culture ; emportant comme effet remarquable la démocratisation d’un certains nombre de domaines jusqu’ici réservés à des « élites ». Cette « dédramatisation » et banalisation de certaines matières a conduit les internautes à s’y intéresser de plus en plus, au risque de subir certaines déceptions et désillusions, notamment dans le domaine politique… Chacun peut désormais devenir « expert » (connaisseur) dans un domaine.
Avec la multiplication des sites gravitant autour de la politique (facts checking, sites parodiques, site répertoriant les phrases « cultes »…) les internautes ont pu se faire une idée réelle de ce qu’est la politique et de qui sont nos politiques. Il n’est plus possible d’être berné car chaque action, chaque parole, chaque dérapage est passé au crible, analysé, décortiqué et surtout ancré à jamais sur la toile. Les réseaux sociaux ont accentué ce phénomène par la viralité des publications (détournement de l’affiche de campagne de Nicolas Sarkozy par exemple). Comme le dit très justement Ronan Bousicaud dans son excellent article : « Il faut se rendre à l’évidence qu’ils [les médias sociaux] peuvent également finir pas nous rendre hagard, morose et blasé« . Et c’est ce que beaucoup sont. Blasés. Las de la politique et des politiques. Las de devoir choisir entre un escroc ou un autre. Agacé par le sentiment d’impuissance et l’impression incessante d’être pris pour un c** et/ou pour un ignorant.
Il faut également aborder un contexte plus global. On parle très souvent de la mondialisation. Si un phénomène est bien mondial c’est internet qui a magistralement réussi à faire disparaitre les frontières (ok je mets de côté l’Iran, la Chine et quelques autres ; oula je vais avoir des problèmes). Cette ouverture au monde, cette possibilité de discuter avec des citoyens de pays étrangers et de voir ce qui se fait ailleurs a donné aux électeurs des points de comparaison (que ce soit au niveau de la conjoncture d’un pays ou de ses personnages politiques). Demandez à un citoyen français s’il pense François Hollande ou Nicolas Sarkozy capables d’exécuter une petite danse lors d’un meeting ou de commencer un discours en chantant… J’en doute. L’image de la politique en France est encore vieillotte (il suffit de voir les affiches de campagne), traditionnaliste et bling bling.
Autre point non négligeable et lié à ce que je disais précédemment : la vision globale du monde. On a pu se rendre compte que ça ne va pas mal qu’en France mais que c’est partout pareil et qu’on a beau s’appeler les Etats-Unis on ne peut pas y faire grand-chose. Chaque pays évolue dans un contexte mondial complexe. Que ce soit d’un point de vue économique ou géopolitique les tensions sont vives et la moindre étincelle suffit à faire exploser la poudrière. Les internautes, citoyens du monde avant tout, développent donc un sentiment d’abandon, de résignation et de fatalité. A quoi ça sert de choisir telle ou telle personne étant donné qu’elle ne pourra rien faire car « tout ne dépend pas d’elle » ?
+ 1 pour attribuer l’abstention à un désengagement citoyen
J’en reviens donc à ma question de départ : est-ce la faute du web ? Je ne saurais vous dire. Je pense que les causes de l’abstention sont beaucoup plus complexes que ça et font appel à un ensemble de variables dont l’impact est impossible à mesurer (changement de mentalité, désacralisation de la fonction présidentielle, changement dans les modes éducationnels, conjoncture mondiale…). On peut tout de même se poser une question : (au-delà des aspects techniques et des risques de fraude) : quel serait le taux d’abstention si le vote électronique à domicile existait pour l’élection présidentielle ? Ou plutôt est-ce que le taux d’abstention serait aussi élevé si le vote électronique était proposé ?

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