Facebook mise sur la télévision !

Le par | Catégorie: Médias, Réseaux sociaux.

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C’est officiel, l’équipe de Mark Zuckerberg tente de s’immiscer dans votre petit écran en ouvrant l’accès à deux nouvelles API : Keyword Insights et Public Feed.

Une nouvelle peu surprenante quand on connaît la stratégie récente de Facebook en intégrant les hashtags sur sa plateforme sociale afin de mieux structurer les démarches conversationnelles des internautes.

Une contre attaque face au flop des hashtags ?

L’intégration des hashtags s’avère être bien plus un pétard mouillé à l’heure actuelle, qu’une véritable réussite… En effet, comme nous vous l’avions indiqué  dans notre précédent article, les hashtags ne connaissent pas l’impact viral espéré de part le manque de contenu “public” généré par les internautes sur Facebook.

Certaines études tendent même à démontrer la visibilité est réduite comme c’est le cas avec le dossier de Edgerank Checker . Ce dernier affirme que les publications sans hashtags bénéficient d’une meilleure viralité après avoir analysé 500 pages et 35 000 publications durant le mois de juillet 2013.

De surcroît,  les retours provenant directement du terrain corroborent parfaitement ces premiers résultats avec une petite déception ressentie chez nos confères Community Managers.

Néanmoins, ce n’est pas le seul fait d’armes pour  Facebook qui tente d‘investir le terrain de la conversation publique. Le géant américain a récemment mis en place les  publications intégrées et les top trends qui sont une nouvelle fois deux fonctionnalités très proches de son concurrent direct : Twitter.

Caractéristiques de ces deux API

La première, dénommée “Public Feed” permet à une sélection élitiste de médias, d‘afficher en temps réel le fil des publications publiques d’internautes pour un mot ou une thématique précise (sans pour autant utiliser un hashtag a priori).

A l’heure actuelle, les seuls privilégiés en mesure de profiter de cette API sont les acteurs suivants : Buzzfeed, CNN, NBC’s Today Show, Sky TV et Slate.

Naturellement, Facebook marche une nouvelle fois sur des œufs vis-à-vis des règles de confidentialité et permettra uniquement d’afficher les posts publics de pages et d’utilisateurs ayant ajouté la fonction “follow” (ou abonnement pour les pures-francophones). Par conséquent, il faudra bien faire attention à vos paramètres si vous ne voulez pas voir un de vos statuts dans le journal de 20h par exemple :)

Enfin, la seconde API “Keyword Insights” suit le même champ de bataille que son homologue en s’apparentant à un agrégateur de contenu publications publiques permettant d’analyser et de diffuser les conversations autour d’une thématique ou d’un terme précis.

Les résultats peuvent d’ailleurs être analysés en se basant sur des critères démographiques tels que la géolocalisation, le sexe, l’âge… Ainsi, Facebook facilitera davantage l’analyse d’un évènement ou d’une thématique avant/pendant/après sa réalisation. En d’autres termes, il sera possible de mesurer précisément l’impact d’une médiatisation sociale.

Quelques chiffres sur le rapport Facebook / TV

Un potentiel médiatique que Facebook s’est empressé à démontrer avec des cas concrets quasi-exclusivement américains (of course) et surtout un chiffre évocateur :

Entre 88 et 100 millions d’internautes américains sont connectés à Facebook durant les heures dites de « prime time » !

Ces « cas d’écoles » s’illustrent notamment sous la forme d’une infographie déployée à l’occasion du communiqué. Cette dernière résume brièvement le top 7 des évènements télévisuels ayant eu le plus de succès dans les conversations publiques de Facebook.

On y retrouve notamment le Super Bowl sur la plus haute marche, suivi des finales NBA et de la cérémonie des Oscars pour compléter le podium.

Enfin l’exemple le plus récent présenté par Facebook fut le coup d’envoi de la NFL qui aura comptabilisé 20 millions d’interactions (j’aime, commentaires et partages) par plus de 8 millions d’internautes.

Quels objectifs et quelle suite pour l’avenir ?

Mieux comprendre les besoins des internautes

Naturellement, Facebook expose de manière positive ces nouvelles fonctionnalités en affirmant une volonté ferme d’améliorer l’expérience utilisateur via une meilleur densité conversationnelle.

En outre, il s’agit d’un avantage de premier ordre pour les médias TV afin d’analyser les audiences sociales, l’engagement ou même l’opinion des internaute au sujet d’un événement et/ou une émission de télévision.

Enfin, c’est aussi l’occasion pour eux d’intégrer plus facilement du contenu social directement sur le flux vidéo ou même dans une publicité. Coca-cola fut d’ailleurs une marque pionnière en la matière après avoir inséré du contenu social dans une de ses publicités en Roumanie.

Image de prévisualisation YouTube

Améliorer l’engagement des utilisateurs pour favoriser l’exploitation marketing et publicitaires

Vous l’aurez vite compris, si Facebook souhaite intégrer (si ce n’est « forcer » puisque l’utilisation est encore contre nature pour les internautes) c’est qu’il y a un appât financier exploitable derrière.

Certes, le réseau social connaissait déjà toutes ces informations sémantiques (la preuve en est qu’ils publient des statistiques sans difficultés à ce sujet) puisqu’il est propriétaire de la plateforme et par conséquent garde un œil sur nos publications, nos habitudes, nos émotions…

La raison : répondre de la meilleure façon aux besoin des utilisateurs et les inciter utiliser d’autant plus son outil. Or, qui dit plus de temps passé sur Facebook, implique indirectement une meilleure exposition au contenu publicitaire.

Une plateforme qui évolue rapidement ces derniers temps avec comme objectif en ligne de mire : rendre plus facile et accessible à tous la régie publicitaire Facebook ads / exchange.

Il y a donc fort à parier que durant ces prochaines évolutions, les hashtags et autres contenus seront exploités de manière similaire à Google avec les requêtes d’internautes. De quoi, ravir les marketeurs et les annonceurs pour améliorer le rayonnement de leur marque sur les réseaux sociaux mais surtout analyser au mieux leurs problématiques dans un contexte sémantique (ce qui est déjà le cas chez Twitter). 

Concurrencer frontalement Twitter sur un de ses meilleurs atouts

Force est de constater qu’une nouvelle fois Facebook marche sur le chemin déjà élagué par Twitter…

Néanmoins, notre cher Mark a une nouvelle fois un cran de retard puisque l’oiseau bleu à déjà fortement investi le terrain de la social TV en multipliant les rachats de start-ups spécialisées dans l’interaction sociale et télévisuelle : Bluefin Labs ou même dernièrement Trendrr.

 

Afin de vous apporter une analyse encore plus approfondie sur le sujet, il me semblait primordial de faire appel à un confrère spécialiste dans ce domaine que je vous recommande vivement de suivre (à la fois pour ses qualités humaines et son professionnalisme) : Jérôme DEISS.

jerome-deiss

– Bonjour Jérôme, peux-tu brièvement te présenter ?

Je suis social media manager, je travaille chez France Télévisions, je dépends de l’équipe de la social TV, et personnellement je blogue sur différentes thématiques comme l’ E-réputation, la curation, la social-TV… sur Veille-digitale.com

– Comment fonctionne aujourd’hui l’intégration de messages sociaux dans les émissions de télévision ? (organisation, processus, logiciel…).

Il existe plusieurs dispositifs autour de la social TV, du plus simple comme l’affichage des tweets à l’écran, au plus élaboré comme pour les les Webapp qui accompagnent les émissions sur le second écran. Ces différents procédés nécessitent des installations plus ou moins techniques, l’incrustation des tweets à l’écran passera par l’agrégation de hashtags dédiés, de comptes officiels dans un flux, une curation sera ensuite effectuée pour sélectionner les meilleurs tweets à afficher.

Une Webapp se construit uniquement sur le Web, et nécessitera en amont un travail important de storytelling et d’éditorialisation, mais aussi de modération le jour de la diffusion de l’émission. Concrètement le dispositif du second écran va généralement nécessiter une personne pour le live-tweet, une personne qui va gérer le contenu sur la Webapp, et une personne pour modérer le flux Twitter. Pour l’Eurovision nous pouvons être 4 ou 5 personnes à modérer les tweets. Tout va dépendre de la taille du dispositif…

– As-tu ressentis une forte évolution ces 6 derniers mois chez les internautes et les équipes en interne (direction, staff…) ?

Je dirais que l’évolution est importante depuis 2 ans.

Chez l’internaute l’évolution est plus en terme d’utilisation qu’en terme d’équipement, il suffit de voir lune des dernières études de médiamétrie « L’année Internet 2012 : L’Internet sur tous les écrans, tous les réseaux, au plus près de l’internaute » pour voir l’envolée des chiffres en France.

Côté Direction, cela fait maintenant plusieurs années que la télévision a intégré les dernières évolutions techniques aux différents projets de  socialisation des programmes. Il sera intéressant d’observer le taux de pénétration de la télévision connectée dans les foyers français.

– Que penses-tu de la stratégie de Facebook d’ouvrir son API à la TV après avoir misé sur les hashtags ?

Une stratégie obligatoire, Twitter est le canal le plus utilisé chez les internautes et mobinautes pour discuter des émissions autour des hahstags dédiés. Stratégiquement parlant Facebook comble son retard par : l’arrivée du hashtag il y a quelques mois, et aujourd’hui l’ouverture de deux API destinées à la Télévision.

Une api pour afficher en temps réel les publications autour d’un mot-clé ou d’un thème donné (Public Feed) et une API statistique axée sur le nombre de publications et des données sur l’utilisateur. Il faudra prendre en compte plusieurs critères qui va différencier Twitter de Facebook :

Sur Twitter le nombre de comptes publics est largement plus importants que de profil ouverts sur Facebook. On estime entre 15 et 30 % de profils publics sur Facebook…) se qui va réduire fortement la performance du dispositif. Il sera intéressant alors de pouvoir agréger les commentaires des internautes hors de « arche » Facebook, je pense notamment aux embedded posts possibles pour Facebook qui permettent aux internautes de commenter via leur compte Facebook un post intégré dans un blog.

– Quelles sont les perspectives pour la suite selon toi ?
Cette bataille des API ne peut-être que bénéfiques pour les médias qui utilisent ces technologies. Les possibilités de la social TV dépendent des évolutions et de l’ouverture des API des différents réseaux sociaux. Chaque évolution permet de donner de nouvelles possibilités et donc d’enrichir d’avantage la digitalisation et la socialisation des programmes. Au final c’est l’internaute et le téléspectateur qui vont bénéficier des dernières évolutions.

Le hashtag reste un élément central autour des dispositif, il a peu évolué depuis sa création. Sa percée dans les différents réseaux sociaux permettra peut-être de nouvelles possibilités… To be continued… :)

 

Matthieu Dixte

Matthieu Dixte

Matthieu Dixte

Digital Native et Webmarketeur grâce à des études associant tourisme, commerce et webmarketing. Une devise simple rythme mon quotidien pour améliorer au maximum l’expérience client : KISS (Keep It Simple and Stupid).
Matthieu Dixte

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