Interview de Marc Rougier : la curation par Scoop.it

Le par | Catégorie: Réseaux sociaux, Web.

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Considérée comme étant le mot à la mode en 2011, la « curation » donne l’impression de n’être au final qu’un sujet peu abordé dans le domaine du community management… A mi-chemin entre la veille et le blogging, cette tâche s’avère pourtant être un atout de taille pour un Social Media Manager qui se doit de connaître l’actualité et les ressources pertinentes concernant ses marchés cibles.

Naturellement, le contenu que vous partagez reflète votre veille et vos compétences en matière d’analyses face à une infobésité qui complexifie les mécaniques de l’information. Or, cette pratique n’est pas exclusivement dédiée au personal branding et elle peut s’avérer judicieuse dans une stratégie social media d’un point de vue B2B ou B2C…

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous vous présenterons la semaine prochaine différents conseils de « curation » que vous pourrez adopter dans votre community management. Cependant, il nous paraissait intéressant de poser les bases de ce dossier par l’intervention d’un expert dans ce domaine : Marc Rougier, fondateur de l’outil de curation par excellence : Scoop.it.

Bonjour Marc, peux-tu brièvement te présenter ?

Bonjour,

Je suis entrepreneur et voyageur récidiviste. Actuellement président co-fondateur de Scoop.it, plateforme de publication par curation. Scoop.it est ma 4ième startup et j’ai aussi connu les grands groupes (Thales et IBM). Suis passionné par le monde de l’innovation et des startups, auquel je contribue humblement via des associations (France Digitale, TIC Valley) et en tant que BA et mentor.

Comment définirais-tu le métier de « curateur » ?

Techniquement la curation c’est la sélection, l’édition et le partage de contenu existant.

Mais sa définition complète implique de préciser sa mission. La curation a une mission d’expression, de communication. En ce sens, elle se distingue, bien que ce soient des concepts connexes, des filtres automatiques (qui réduisent le bruit de l’internet avec des algorithmes, alors que la curation est humaine) ou de la veille (qui tend à être objective et exhaustive, alors que le curateur a une ligne éditoriale qui peut-être subjective).

 

Est-ce que la France a beaucoup de retard concernant cette pratique ?

Comme pour beaucoup d’activité de l’esprit, la France est sans doute en avance sur la compréhension, l’analyse (nombreux débats passionnants et éduqués sur ce sujet en France).

Mais dans son usage courant dans l’entreprise, pour le business, la France est en effet en retard sur les USA. Les entreprises françaises sont un peu plus conservatrices, là où les américaines sont plus pragmatiques, voire plus audacieuses, dans les usages innovants, en particulier concernant l’économie numérique.

Mais ça bouge en France !

Quels sont d’après-toi les « cas d’école » concernant la curation sur Scoop.it ?

Nous avons quatre cas d’usage typiques de Scoop.it, les quatre ayant en commun le besoin de publier du contenu de qualité:

-        Community Management. Historiquement notre premier cas d’usage. Le CM est souvent un curateur naturel (il écoute, recycle, commente, répond) et il doit nourrir proactivement sa communauté. Scoop.it ne change pas son métier mais lui fait gagner du temps

-        Thought Leadership : construire leadership d’opinion, réputation en ligne, en se faisant le passeur du contenu le plus pertinent sur son expertise. Souvent des individus, mais s’applique aussi aux marques. Implique un engagement, une valeur ajoutée sur le contenu

-        Content Marketing: l’entreprise doit devenir un media. La curation nourrit page Facebook, compte LinkedIn mais aussi site web, etc, en marque blanche. Avec en plus, des objectifs SEO, voire conversion. Approche intégrée à une stratégie de contenu multi-média

-        Knowledge Management (gestion de connaissances): un cas que nous n’avions pas prévu, demandé par nos clients: diffusion en privé (audience contrôlée: collaborateurs, partenaires, clients, etc) de la curation. Outil participatif d’amélioration de la connaissance

En terme de volume d’usage, les deux premiers cas sont majoritaires; en terme de business (mode premium), les deux autres cas génèrent plus de revenues pour l’instant chez nous. Heureusement, tous ces cas sont corrélés et interagissent entre eux.

Quels sont vos objectifs sur le moyen et long terme ?

Nous avons lancé Scoop.it en novembre 2011; notre objectif #1 était de vérifier que c’était utile. Nous pensons avoir atteint ce jalon l’été dernier (7 millions de VU mensuels). Nous avons alors décidé d’attaquer les US, avec un double objectif: (1) faire décoller Scoop.it premium (mode payant pour les entreprises) et (2) nous imposer aux US. Pour l’instant ça se passe bien (plus de 2000 clients premium et belle croissance aux US). Mais nous sommes encore relativement petits aux US, dans un espace concurrentiel.

A moyen terme nous voulons avoir aux US la même emprunte qu’en France. A long terme, nous voulons être la plateforme de référence pour la curation pro / business.

Basic RGB

Quelle est votre principale problématique sur le web aujourd’hui ?

Au quotidien en tant qu’entreprise, notre souci premier sur le web est de faire accepter aux entreprises que le web peut être payant; qu’un produit qui rend une service utile et mesurable mérite un prix, même s’il est en mode SaaS. Nous voulons maintenir Scoop.it Free (nous pensons que développer l’usage de la curation est une bonne chose) mais également Scoop.it Business (avec des valeurs ajoutées pour les entreprises). Ca arrive, mais il y a un grand écart de maturité sur ce sujet entre les entreprises qui ont intégré le numérique dans leur évolution et les autres.

D’un point de vue holistique la grande problématique du web est l’abondance d’information, dont on n’a vu que le petit bout du nez (attention, explosion en court avec l’internet des objets!). Le souci n’est pas uniquement le temps qu’on consomme en se noyant dans l’information. Le souci c’est surtout la qualification, le sens. Qui décide de ce qu’on consomme, de ce qui peut être vu, de ce qui est vrai? Nous allons de plus en plus dépendre d’algorithmes qui vont répondre à ses questions pour nous. Il y a un véritable enjeu anthropologique. C’est (entre autre) pour ça qu’on aime bien le curateur, cet humain qui trie et ajoute sa valeur :)

Encore merci à Marc Rougier pour le temps qu’il nous a consacré. A la semaine prochaine pour savoir plus sur la curation et les avantages qu’elle peut vous apporter dans votre CM !

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  • Tbiarneix

    La curation via des outils comme ScoopIt, c’est rajouter des cliques à l’heure où le webmarketing va dans l’autre sens. En tant que CM, je ne suis vraiment pas fan, je ne l’utilise d’ailleurs pas et fuis les liens de ce type. Je ne dis pas que cela n’apporte aucun avantage, mais ça alourdit clairement l’accès à l’information.

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  • Marc Rougier

    Merci Matthieu pour l’itw :)

    @tbiarneix:disqus : la question du clic intermédiaire est une question délicate et récurrente en effet. Sa raison d’être: le curateur ajoute de la valeur à la chaine de l’info (l’expérience le montre: un curateur qui ajoute une valeur engage son audience sur le long terme – statistiques sur 2.5 ans d’usage et 1M de curateurs à l’appui). Cette valeur ajoutée peut être une explication, une perspective, un résumé, etc. Le lien d’un contenu « curé » amène donc d’abord dans l’espace du curateur où se trouve cette valeur (dans Scoop.it on appelle ça l’insight). Cette valeur humaine, cet « engagement » du curateur, est primordiale.

    Résultat net: si le curateur fait du bon boulot, le lecteur y gagne: au lieu de cliquer sur 10 liens aléatoires pour trouver un bon contenu, il clique deux fois: une fois sur le lien du curateur, qui l’amène dans un espace où se trouve une valeur ajoutée (et souvent d’autres contenus corrélés! Le contexte est une valeur ajoutée!). Puis une fois de plus pour atteindre l’original. Si le curateur ne fait pas du bon boulot, effectivement le lecteur a cliqué 2 fois au lieu d’une pour atteindre l’original. Ce n’est pas idéal (je suis d’accord!) mais permettre à cette valeur intermédiaire d’exister nous semble important. Le net en terme de clics doit prendre en compte le nombre de fois où nous cliquons sur des liens non qualifiés…

    A l’usage c’est comme tout: des curateurs ajoutent une valeur et d’autres pas. Quand la curation est bien faite, l’usage démontre que le net est positif. Car le curateur devient un point de référence, une ressource, sur du contenu bien trié. Nous cherchons la formule qui permette cette valeur ajoutée sans le clic supplémentaire, mais en attendant, nous donnons sa chance à cet intermédiaire humain!

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  • http://www.veille-digitale.com/ Jérôme Deiss

    Bonjour,

    Je préfère avoir un clic de plus et tomber sur un contenu ou l’insight du curateur apporte une réelle valeur ajoutée au contenu (en donnant des URL supplémentaires à visiter, complémentaire à l’article..) Que de tomber sur la publicité interstitielle que vous fait attendre avant de pouvoir accéder au site… Mais cela a l’air de moins déranger le consommateur d’information, pas d’alourdissement de l’accès à l’information ?

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