Les élections ont déjà commencé sur le web

Le par | Catégorie: Novice, Réseaux sociaux, Web.

Tags: , ,

Il y a bientôt 5 ans, lors des dernières élections présidentielles, les réseaux sociaux commençaient tout juste à se démocratiser en France. On comptait à l’époque seulement 700 000 français sur Facebook et pas plus de quelques milliers sur Twitter. L’utilisation du canal web dans la communication des candidats ne consistait donc qu’à proposer des sites « vitrine ». Aujourd’hui c’est autre chose. Facebook compte près de 20 millions de membres en France et Twitter 2,4 millions (chiffres de février 2011). Les réseaux sociaux ont montré à plusieurs reprises l’impact qu’ils peuvent avoir sur notre « environnement » : mobilisation pour la caissière de CORA, appel à la manifestation lors des révolutions arabes… Ils sont donc devenus un véritable relai de la voix des citoyens. On peut presque parler de manifestation en ligne quand de nombreux internautes se regroupent sur une page, un évènement ou un site pour marquer, par exemple, leur mécontentement face à un évènement politique. Les candidats (et partisans) ont donc pris la mesure de la bataille qui allait se livrer sur ces « nouveaux » supports. Une bataille d’image et d’e-réputation livrée sur plusieurs fronts.

Entre dénigrement du parti opposé, détournements de noms de domaines, guerre d’influence et de présence en ligne la campagne 2.0 a bel et bien commencée (et sur des chapeaux de roues). L’occasion pour nous de faire un tour d’horizon des stratégies web des 4 principaux partis et de revenir sur l’excellente infographie publiée récemment par Digimind qui propose un classement des candidats sur internet.Les deux principaux candidats misent beaucoup sur les réseaux sociaux pour influer sur leur image et conquérir de nouveaux adhérents pour leur parti mais plus largement de nouvelles voix pour l’élection présidentielle. Voici les budgets internet de campagne des principaux candidats :
Campagne de mailing, diffusions de vidéos de promotion, bannières de recrutement d’adhérents, animation des comptes Twitter, Facebook, Google +, Dailymotion, Youtube… sont autant de supports sur lesquels les équipes de communication axent la communication online des candidats. Voici un focus rapide des principaux leviers de présence en ligne des 4 partis « majoritaires » :
Ump PS FN Modem
Budget internet de la campagne 2 millions d’euros 1,8 millions d’euros 180 mille euros 700 mille euros
Site vitrine du parti  Oui Oui Oui Oui
Site du projet Oui
Le parti sur Facebook  Oui 21529 fans Oui 34062 fans Oui 48379 fans Oui 4317 fans
Le parti sur Twitter  Oui 16342 abonnés Oui 21626 abonnés Oui 4960 abonnés Oui 4862 abonnés
Le parti sur Google +  Oui 413 encercleurs Oui 336 encercleurs Oui 59 encercleurs
Le parti sur Youtube  Oui 282 abonnés, 275 251 vues Oui 98 abonnés, 77860 vues Oui 897 abonnés, 1114514 vues Oui 64 abonnés, 49552 vues
Le parti sur Dailymotion  Oui 3718891 vues Oui 1314713 vues Oui 350685 vues Oui 415451 vues
Site du candidat  Oui Oui Oui
Le candidat sur Facebook  Oui 511613 fans Oui 43506 fans Oui 31958 fans Oui 19687 fans
Le candidat sur Twitter Oui 127375 abonnés Oui 29705 abonnés Oui 49627 abonnés
Le candidat sur Google +  Oui 28101 encercleurs Oui 24 encercleurs Oui 24863 encercleurs
Comité de soutien  Oui Oui Oui (attention les yeux)
Autre Comité de soutien sur Twitter (18343 abonnés) Profil Google + de présidente du FN
Comme je le disais précédemment Nicolas Sarkozy n’est pas officiellement candidat. Aucun site sur une probable candidature n’est donc visible sur la toile (pour le moment). A la différence des autres partis l’UMP a investi dans un site dédié à son projet pour faciliter son accessibilité et sa lecture.
Précision concernant le parti socialiste : le budget destiné à la campagne web représente 10% du budget total de la campagne et une équipe de 40 personnes en plus des 10 permanents de l’équipe web du PS.Trois remarques sur le tableau :
  • François Bayrou est le 2ème candidat à avoir le plus de contacts sur Google +.
  • Le FN est le parti le plus actif sur youtube
  • Nicolas Sarkozy n’est pas présent sur Twitter

 

On constate donc que malgré les différences considérables de budget qui peuvent exister entre les candidats, tous sans exception ont investi massivement les réseaux sociaux et bâti de véritables communautés (que ce soit autour du parti ou autour du candidat). Je souhaiterai tout de même m’arrêter sur un chiffre qui m’a plutôt étonné. Comment expliquer une telle disparité entre Nicolas Sarkozy et les autres candidats sur Facebook ? J’aurai tendance à dire pour trois raisons principales :
  • L’antériorité : Nicolas Sarkozy était déjà candidat en 2007. Si sa page existe depuis cette date (ce que je ne sais pas dire) elle a eu beaucoup de temps pour engranger des fans supplémentaires.
  • La fonction de Nicolas Sarkozy. En effet Nicolas Sarkozy est l’actuel président de la république Française (scoop !) ce qui lui permet de bénéficier d’une renommée internationale. Il est connu en Europe et à l’étranger. Cette visibilité peut expliquer le nombre de fans qui serait donc constitué, dans cette hypothèse, de beaucoup d’étrangers. Allez demander à un Américain s’il connait François Hollande ou François Bayrou… j’en doute.
  • Mon troisième point rejoint le second point à savoir que Nicolas Sarkozy est l’actuel président. Ce qui signifie donc qu’il est constamment confronté à une opposition et à des critiques. Dans ces 500 000 fans se trouvent donc des « contre fans » présents sur la page pour débattre avec les sympathisants ou tout simplement là pour critiquer les mesures du chef de l’état.
Attaquons-nous désormais aux articles dédiés aux candidats sur le web. Il est aisé de comprendre ces chiffre. En effet Nicolas Sarkozy n’est actuellement pas déclaré comme candidat à la présidence de la république mais souhaite toujours être considéré comme le président en activité. Le quotidien de sa fonction (ses nombreuses sorties, l’annonce de mesures…) et les élections approchant en font une cible parfaite des médias.
François Hollande est/sera incontestablement un homme clé de cette campagne présidentielle. Donné vainqueur par beaucoup de sondages il est donc normal que la presse s’intéresse à cet homme qui semble être le mieux placé pour prendre la tête de la France.
Marine Le Pen est au cœur de nombreux articles car c’est une candidate qui intrigue, qui a un fort pouvoir mobilisateur auprès des classes ouvrières mais également car beaucoup redoutent un scénario d’élection similaire à celui de 2002 où son père était arrivé au second tour avant de s’incliner face à Jacques Chirac.

Les sites tiers

D’autres initiatives (impartiales) entourant les présidentielles voient également le jour. C’est le cas, par exemple, du site http://presidentielles.haploid.fr/ qui permet de visualiser, en fonction de l’actualité des candidats et des mentions sur Twitter, qui sera parachuté à l’Elysée. Autre exemple, le site http://www.jevotequien2012.fr/ tente de déterminer le candidat pour lequel vous êtes susceptible de voter en fonction de vos réponses à des questions touchant différents domaines (énergie, économie, éducation, santé…).
Je souhaite terminer cet article en abordant un nouveau problème que pose les réseaux sociaux.

Le saviez-vous ?

Les réseaux sociaux posent un problème nouveau ayant trait à la diffusion des premières estimations des résultats données par les instituts de sondage. Celle-ci intervient dès la fermeture des premiers bureaux de vote (aux alentours de 18h30). Ce que vous ne savez peut-être pas (et que je ne savais pas il y a quelques jours) c’est que cette diffusion est interdite et sévèrement réprimée par la loi. L’article L52-2 du code électoral stipule : « En cas d’élections générales, aucun résultat d’élection, partiel ou définitif, ne peut être communiqué au public par la voie de la presse ou par tout moyen de communication au public par voie électronique, en métropole, avant la fermeture du dernier bureau de vote sur le territoire métropolitain. Il en est de même dans les départements d’outre-mer avant la fermeture du dernier bureau de vote dans chacun des départements concernés ».Il existe pour la première fois cette année un réel risque de diffusion massive sur les réseaux sociaux et notamment Twitter. Plutôt que de proposer des solutions telles que l’harmonisation de l’heure de fermeture des bureaux de votes ou tout simplement de ne pas faire appel aux instituts de sondage, Pierre-Henri Brandet, porte parole du ministère de l’intérieur, rappel que « Les utilisateurs de Twitter sont des citoyens comme les autres et comme n’importe quel citoyen, ils doivent respecter la loi« . Mattias Guyomar, secrétaire général de la Commission des sondages, insiste également sur le respect de la loi « Il faut rappeler aux gens que ce n’est pas anodin, qu’ils risquent une poursuite du parquet et 75.000 d’euros d’amende, en cas de tweet ou de retweet d’estimations de résultats« .

Le mot de la fin

A première vue donc et malgré ces chiffres conséquents peu d’internautes semblent témoigner de leur intérêt pour la politique (en corrélation du nombre de Français sur les réseaux sociaux). La politique en France est un sujet enclin à la critique au dénigrement et semble même parfois être un tabou. Comme en vrai il est parfois dur de « s’afficher » proche d’un parti par peur de jugements et d’incompréhension. Sur les réseaux sociaux c’est la même chose. Donner un like à tel ou tel parti (même s’il est fait par simple curiosité) peut vous amener les « foudres » de votre réseau. Je terminerai en disant une chose que vous avez constatée par vous-même : ce n’est pas l’importance du réseau qui détermine la place dans les sondages.
Sources et articles sur le sujet : 

 

Vous aimerez aussi...